Pour des raisons d'espace, nous ne donnons ici que les termes occains (humains de Lastrée, Stramnée et Hierrace) et Iskas. Les autres peuples emploient des termes ou ds concepts qui leurs sont propres, nous y reviendrons peut-être./
Les terres ocres sont situées sur une planète nommée "l'orbe" par les iskas. Ce peuple et certains peuples humains très avancés en astronomie savent depuis longtemps que l'orbe est une sphère qui gravite autour d'une étoile jaune nommée Primarque (Vroïni, la flamme éternelle, en langue iska) car une légende en fait le père de l'humanité.
Autour de cet astre gravitent cinq planètes telluriques et deux géantes gazeuses ainsi que bon nombre d'objets. L'ordre des planètes depuis le Primarque jusqu'à la voûte céleste est le suivant :
En plus de ces planètes, le système comprend de nombreuses comètes dont 3 ont un cycle rapide et sont particulièrement brillantes. Tous les peuples ont des légendes à ce sujet. Les iskas prétendent qu'il s'agit d'être mythologiques parcourant les cieux afin d'influer sur le cours des événements ces trois êtres seraient en concurrence et celui qui vaincrait se verrait libéré et les deux autres condamnés à un errance sans fin dans l'immensité des cieux. Pour les occains, il s'agit de joyaux perdu par le primarque à l'aube des temps. Les dieux mauvais s'amuseraient à les faire tourner autour de lui sans qu'il puisse les attraper.
Planète d'une taille similaire à notre terre, l'orbe est légèrement plus éloignée du Primarque , qui brille plus fort que notre Soleil, et légèrement plus inclinée. Ceci se traduit par une température moyenne similaire, des conditions voisines dans les zones tempérées mais aussi par des écarts de températures marqués entre l'hiver et l'été.
L'Orbe possède 5 satellites, une lune et 4 astéroïdes. Sa révolution autour du Primarque prend 432 jours, sans aucun décalage. Un jour orbien est légèrement plus long qu'un jour terrien, ce qui entraîne une amplitude thermique un peu plus importante entre les température de nuit et de jour.
Les peuples humains mesurent le temps grâce à un calendrier primal hérité d'une tradition antique dont la majeure partie des êtes humains a perdu le souvenir. Leur jour est divisé en 12 heures inégales : 6 de jour, 6 de nuit. L'écoulement du temps en journée est mesuré par des cadrans solaires, la nuit par le mouvement des étoiles. Leur semaine compte 5 jours, un par divinité antique. Pour le reste, ils divisent l'année en 12 mois de 36 jours chacun. Le nouvel an débute à l'équinoxe de printemps mais certaines cultures le font débuter à une date commémorant un événement important. Ainsi, plusieurs cultures partagent le même calendrier mais ne comptent pas les années de la même façon.
Les solstices et les équinoxes sont fêtés, ainsi que les conjonctions astrales majeures, lesquelles sont prévues par les astrologues. Les moments où les 3 comètes forment une conjonction sont vécus comme des moments de grande terreur.
Il y a peu de choses à dire à propos du calendrier humain. Cinq ans donnent un lustre, dix ans donnent une décade, cent ans donnent un siècle. Chaque lustre est l'occasion d'un recensement, bien que cette pratique se soit perdue dans de nombreuses cultures. Les décades sont une mesure d'érudit dont se servent surtout les chroniqueurs et les historiens pour classer leur travail. Les siècles servent aussi aux chroniqueurs, mais parmi le peuple ils ont un le sens particulier de "temps présent". Les prisonniers, les ermites, les dieux, les moines et toutes les personnes cloitrées, emprisonnées ou isolées pour une raison ou une autre sont dites "en dehors du siècle". Tout ce qui est "dans le siècle" est "séculier" par opposition aux activités occultes ou religieuses. Le peuple parle aussi de siècle pour une période révolue. Ainsi, lorsqu'une guerre longue s'achève, le peuple dit que "le siècle du sang est fini". Une période de prospérité est nommé "siècle des berceaux" car les naissances sont nombreuses, et ainsi de suite.
Les jours de la semaine sont : Primague (le jour du Primarque), Audague (le jour d'Aude), Pélague (Le jour de Pélage), Séligue (le jour de Sélie), Arsigue (le jour du feu). Le premier et le dix-septième jour du mois sont des jours sacrés et certains rites sont accomplis suivant le jour de la semaine et le mois concerné.
Les mois de l'année sont : Flore, Verdure, Foison, Déesse, Primat, Ardence, Moisson, Seuil, Ombre, Passeur, Linceul, Promesse.
Les dates sont notez différemment à l'écrit et à l'oral. Ainsi on écrira "Audague, le 13ème jour du mois de la Déesse, en 1553 après le débarquement" et on dira "Audague 13 de la Déesse (de l'an 1553)". On peut aussi se contenter de dire "Le troisième Audague du mois de la déesse" en précisant au non l'année.
Les peuples natifs des terres ocres ont un calendrier plus complexe, employant un ensemble de cycles où le nombre 12 est prépondérant. Avant d'aller plus loin, il faut préciser que les iskas ne comptent pas en base 10 mais en base 12 ou 20, suivant les besoins. 12 comme le nombre des phalanges d'une main, hormis celle du pouce, 20 comme le nombre de doigts et d'orteils.
Le jour iska est divisé en 24 heures égales, mesurées par divers moyens (sabliers, bougies, observation des astres, divination, horloges mécaniques, clepsydres...). Les dwarrow, que la vie souterraine privait pour de longues période des repères stellaires, sont à l'origine de la mesure précise du temps, les iska, et plus particulièrement mes iskasha sont à l'origine du calendrier sélène.
Le Primarque n'est employé que pour mesurer le jour. Pour le reste, ils emploient les cycles des lunes pour étalonner le temps. Celles-ci entrent en conjonction tous les 720 jours, soit une année primale et deux tiers. Ceci correspond à une année sélène, ou sélénée. Une sélénée est divisée en 30 révolutions de Silaï, soit 30 cycles sélènes de 24 jours. Le nouvel an sélène et le nouvel an primal tombent le même jour tous les 20 années primales ou 12 années sélènes. Ce jour est souvent marqué par une éclipse totale ou partielle du Primarque. L'intervalle entre deux conjonctions primales et sélènes est appelé dodécan, 12 dodécans forment un année astrale, un astralée (au masculin, ce n'est pas une erreur). 20 astralées forment une ère. Chaque ère correspond à l'alignement de la planète, de ses lunes et du Primarque avec une constellation majeure parmi douze.
| Cycle | Mesure |
|---|---|
| Ère | 20 astralées soit 2880 sélénées |
| Astralée | 12 dodécans soit 144 sélénées |
| Dodécan | 1 sélénée |
| Sélénée | 30 cycles sélènes soit 720 jours |
| Cycle sélène | 24 jours |
Une ère dure 4800 années primales.
La date et l'heure sont, chez les iskas, décrits par des nombres. Les jours ne portent pas de nom. À l'écrit on donne en premier l'astralée et le nom de l'ère, c'est à dire celui de sa constellation. Puis on donne le nombre du dodécan et de l'année en cours. Enfin on donne le cycle et le jour du cycle. À l'oral on ne donne, en sens inverse, que les informations strictement indispensables pour éviter les erreurs.
Exemple : 16-Falamasha:7-11:13-5 à l'écrit, 5ème jour du 13ème cycle de la 11ème sélénée, sise au septième dodécan du seizième de Falamasha.
On comprend vite pourquoi les populations immigrantes ont conservé leur calendrier, plus simple. En revanche, étant donné les liens entre les lunes et les arts occultes, tous leurs pratiquants savent utiliser ce mode de comput dans ses plus fines subtilités, dont nous vous faisons grâce dans ces lignes.
La régularité des cycles célestes de l'Orbe est pour ses habitants une source d'émerveillement. Certains l'expliquent par des mythes, d'autres par des croyances religieuses. Peu y voient la main du hasard.
Les douze constellations et les trois comètes servent de base à l'astrologie. Pour les iskas, et surtout les iskashas, c'est une affaire très sérieuse et ils sont experts dans le domaine. Les humains possèdent de nombreuses façons de concevoir les cieux et une astrologie particulière liée à cette conception mais au contact des iskas certains ont adopté leur façon de faire. C'est notamment le cas des cultures zealiric, strande et hierraine.
Les iskas croient que leur science permet de déterminer les épreuves et les opportunités auxquelles un être sera confronté dans sa vie. Bien entendu, leur vie étant très longue comparée à celle d'un être humain, leur science est extrêmement complexe. Ils croient aussi que les astres qui président à la naissance d'un être lui confèrent certaines qualité.
C'est un sujet très long et complexe que nous ne pouvons pas aborder dans ces lignes.
| Corps céleste | Occain | Iska |
|---|---|---|
| Soleil | Le Primarque | Vroïni |
| Lune majeure | Sélie | Silaï |
| Lune mineure - 1 | Ombrale | Nanaraï |
| Lune mineure - 2 | Smaragdine | Naïoda |
| Lune mineure - 3 | Nivale | Nivaraï |
| Lune mineure - 4 | Chrysaline | Naïgaïl |
| La Terre | L'Orbe | Voï |
| Planète - 1 | Rocane | Voïkar |
| Planète - 2 | Aude | Voïrèn |
| Planète - 3 | Pélage | Voïsaer |
| Planète - 5 | Colosse | Voïvamil |
| Planète - 6 | Le Passeur | Voïvakarnos |
| Planète - 7 | Karaba | Karaba |
| Comète - 1 | Flamine | Ashaïni |
| Comète - 2 | Agathène | Ashavakar |
| Comète - 3 | Opaline | Ashashaïni |
| Constellation - 1 | Le forgeron | Inirè-iskorin |
| Constellation - 2 | La salamandre | Djéïni |
| Constellation - 3 | Clarissime | Falamasha |
| Constellation - 4 | Le Brand | Tcharnör |
| Constellation - 5 | Le dauphin | Saerdjilaï |
| Constellation - 6 | La nymphe | Asharinin |
| Constellation - 7 | L'aigle | Shaïnkinè |
| Constellation - 8 | Zéphème | Shanön |
| Constellation - 9 | Le géant | Nivaïvamil |
| Constellation - 10 | Nivème | Abanivaïkar |
| Constellation - 11 | L'amant | Nanamaïashyn |
| Constellation - 12 | L'amante | Nanamaïashoï |
Cet article a pour but de présenter en bref la chronologie d'Ocre. Ce document et à destination des joueurs et des maîtres. Tout le monde peut le lire sans nuire à la qualité de la partie car aucun « secret » n'y est révélé. De nombreux termes sont employés ici pour la première fois. Les choses deviendront plus claires au fur et à mesure de la publication de nouveaux textes ou de la mise à jour d'anciens.
L'éon du mythe est la compilation des chroniques des peuples des Terres Ocres, réalisée lors de la 5ème décade de Flore et constamment mise à jour depuis. C'est le fruit du travail des érudits du culte d'Alliandre. Étalé sur plusieurs tomes, ce livre est bien entendu impossible à reproduire ici dans son intégralité. Ce qui figure ci-après est un ensemble de textes mythologiques et de dates extraits de l'œuvre originale.
... Il est nécessaire de garder en mémoire en lisant les textes de nos voisins iskanamari que les populations humaines et lastres sont déracinées. Jetées sur les mers par leur vainqueur, sans registres, sans chroniques, sans même une carte maritime, leur histoire avant ce point est largement tirée de leur tradition orale et, par conséquent, sujette à caution. Les peuples indigènes des terres ocres les ont toujours soupçonnés de ne dire que ce qui les arrangeait.
De nos jours, ce corpus de légende est tenu pour vrai et certains analysent encore et encore les quelques récits recueillis par le grand peuple et couchés par écrit afin d'y déceler des indices relatifs aux événements réels.
L'histoire des terres ocres, comme tous les sages le savent, se divise en quatre grandes périodes : Prime, Chagrin, Chute et Flore. Avant Prime, aucun registre n'existe puisqu'aucun être capable d'écrire ne foulait alors ces terres. Les lieux tels que les voûtes, l'outre-part ou le monde du double sont évoqués dans les chroniques des iskanamari mais ne sont pas décrits. C'est pourquoi elles sont difficiles à comprendre. Fort heureusement, il existe des contes dans la tradition des peuples originaux de ce continent qui nous en apprennent un peu plus à ce sujet. Ce sera l'objet d'un autre ouvrage que j'aurai le privilège de présenter à vos seigneuries.
Prime est la jeunesse du continent et seul le grand peuple a entretenu des chroniques des événements de cette époque. Nombre de leurs écrits ont subsisté jusqu'à nos jours et sont aujourd'hui consultables par tous ceux qui en sont jugés dignes par leurs gardiens. Le grand peuple a toujours accordé une importance capitale à la mémoire et à l'écrit et il est juste de reconnaître que les plus grands historiens en sont issus. Ils ont de cette époque une vision qui leur est bien particulière et en font le récit dans un style rituel souvent obscur pour les lecteurs issus des autres peuples. Nous rapportons ici les propos de Avantèvroï Og Mamarnimïa, maître historien iskaïni, qui s'exprime à propos de la genèse des peuples des terres ocres, tels qu'il sont été tracés sur le parchemin par notre sœur Aude Arsine du Gué-aux-Murmures.
À l'aube des temps, alors que le monde était monde et que l'onde, les nuées et la terre étaient déjà peuplées de toutes sortes de créatures, la déesse et les six se sont unis par trois fois. À la première, la déesse a enfanté par amour pour eux des êtres à leur image. À la seconde, elle engendra le petit peuple. À la troisième elle nous engendra nous, le grand peuple, et nous confia les clés des voûtes du monde. Puis, épuisée par son long travail, elle s'assoupit dans les plis de sa chevelure ambrée.
Lors, les six sur leurs trônes étaient troublés car leur soif de création n'était pas rassasiée et en leur for intérieur ils souhaitaient encore peupler le monde de leurs rejetons. Ils convoquèrent celles qui parmi leurs enfants leur plaisaient le plus et s'unirent à elles. Chacune déposa de nombreux œufs, et de chacun naquit un couple de créatures. Las ! Si certaines étaient bien nées et faites pour ce monde, d'autres étaient contrefaites et ne pouvaient tolérer le vent sur leur peau ni l'eau sur leur langue. Presque toutes périrent.
Lors les six sur leurs trônes étaient troublés car leur création souffrait de son imperfection et, en pères aimants, ils ne toléraient point sa détresse. Ils conçurent le projet de posséder leur propre domaine, en des lieux où leurs enfants pourraient vivre ; souhaitant apaiser leur cœur, ils allèrent quérir la parole de leur amante. Las ! La déesse était assoupie dans les plis de sa chevelure ambrée et ils n'osaient point l'éveiller car elle était épuisée par son long travail. Aussi tinrent-ils conseil entre eux et une sélénée durant ils échangèrent désirs, avis et projets. Voici ce qu'il advint des six, des leurs royaumes et de leurs enfants.
Karador Écailles-de-fer décida de rester dans cette orbe et alla se construire un domaine dans les entrailles du roc. Il y conduisit tous ceux de ses enfants qui pourraient y trouver un logis convenable. Là, il devînt la gardien des secrets enfouis et des merveilles de la nature et il étendit son domaine des racines des montagnes à celles des arbres. À ceux de ses enfants qui ne purent le suivre, il donna pour logis la voute de la terre.
An'faulknir l'éclatant s'exila dans le monde du double, là où nulle ombre ne subsiste. Il emmena avec lui toutes les créatures intangibles et rayonnantes qu'il avait engendrées. Là il devint la sentinelle des songes et le gardien des chemins de l'esprit et depuis ce jour il offre ses bienfaits à tous les êtres doués de pensée. Il conféra la souveraineté sur la voûte de lumière nos cousins iskafaïl, ses enfants, et tous quittèrent leurs terres pour ce nouveau séjour.
Wurmal l'ardent trouva refuge dans la voûte des flammes, faisant compagnie de ses rares enfants qui avaient survécu à leur éclosion. Là il devînt le maître des secrets de la flamme et le héraut des passions et depuis ce jour il offre protection, réconfort et savoir à tous les êtres perdus dans le froid.
Maëlin l'ondoyant fit son logis dans la voûte de l'eau et y emmena tout son peuple. Là il devînt le maître des secrets des profondeurs marines et depuis ce jour il est indifférent aux affaires de ceux de la surface. Les iskasaer, nos cousins engendrés depuis sa semence, l'imitèrent et s'en furent sous les vagues.
Gorsarin au chant mélodieux partit pour les cimes du Névé et emmena tout son peuple avec lui. Là il devînt le maître de la raison et de la force stabilisatrice du froid et depuis il étend ses bienfaits sur tous ceux qui suivent le chemin de la sagesse. D'aucuns prétendent qu'il réside dans la voûte du froid, d'autres qu'il ne fait que la garder.
Tassèvrine l'irisé s'établit dans la voûte de l'air, mais il ne prit avec lui qu'une fraction de son peuple, le reste étant heureux dans les nuées où il avait vu le jour. Là il devînt le gardien des cieux et depuis lors, perché à la confluence des vents et des bruits qu'ils rapportent, il préside aux destinées de tout ceux qui cherchent à percer les secrets de l'avenir, du présent et du passé.
Lors demeurèrent avec les enfants de la déesse un grand nombre de créatures fabuleuses ou effroyables et de nombreux dragons qui choisirent de ne pas suivre leurs pères. Ceux-ci, pour beaucoup, s'en allèrent au-delà des cieux, sous les roches ou dans les eaux des terres ocres pour ne plus jamais être revus. Quelques-uns choisirent de rester parmi nous et nous firent profiter de leur amitié et de leurs conseils.
Voici ce qu'il advint à l'aube des temps et comment les familles du grand peuple des iskanamari furent séparées les unes des autres. Les iskafal franchirent le seuil de ce monde pour n'y plus revenir, les iskasaer en franchirent le rivage pour s'abîmer sous l'onde marine et n'en ressortirent jamais. Parmi ceux de nos peuples qui restèrent dans le jardin de la déesse, seuls nos cousins iskavanir et iskaglyn eurent la chance de pouvoir bénéficier de la présence de leur père.
Les propos qui suivent ont été tenus par Namäi Ina Dîn Iniraï, une danseuse sacrée. Ils ont été recueillis par frêre Augier de Dome-sous-Roc alors qu'elle traversait les Champs Irisés, après qu'il l'eut questionnée à propos du devenir des peuples de ces terres après le départ des six.
Lors, deux de nos peuples et quatre de nos pères étaient partis. Dans nos berceaux, leurs trônes étaient vides ; alors nous y firent trôner les premiers enfants de la déesse, le mâle et la femelle issus de son giron, car nous avions besoin de guides pour faire nos premiers pas seuls dans le monde. Nous décidâmes de nous plier à leurs avis jusqu'au réveil de la déesse, qui était assoupie dans les plis de sa chevelure ambrée.
Lors, sur le trône de nos pères régnaient désormais les premiers enfants de la déesse et grande était leur joie, leur sagesse et leur bonté. Ils nous guidèrent dans les chants, les danses et les fêtes, dans le labeur, les semailles et la moisson, dans le travail, le repos et les fêtes. Nous ignorions tout de la guerre et notre existence entière était vouée à célébrer l'œuvre de la déesse.
Lors, nous faisions cour autour du Premier Couple de chacune de nos familles et nous étions heureux de les révérer comme les créatures les plus précieuses. Nombreux sont ceux des premières générations qui regrettent cet âge où nous étions insouciants et ignorants des arts guerriers. Nos cousins iskavanir avaient bâti leurs premières demeures dans le Névé, près de leur père. Nous Iskaïni avions bâti les nôtres sur les pentes de l'Iniravor. Nos cousins Iskaglyn avaient bâti les leurs dans la combe aux vergers. Enfin nos cousins iskasha avaient bâti les leurs sur les pentes nord des Amashagaïl (les dames dorées).
Chacune de nos familles prospéra et étendit son royaume en bonne intelligence.
Il advint que nos cousins du petit peuple prirent d'autres habitudes. Ils habitèrent le grand bois d'Alluvie, que vous appelez aussi « forêt des mystes » car elle vous effraie. Nous ne lui donnions pas de nom, nous l'appelions simplement la Forêt, car elle nous semblait être la mère de toutes les autres tant elle était ancienne et majestueuse. Là, ceux des bois, ceux des rivières et ceux des collines se choisirent des demeures qui sous les racines, qui dans les sources et les étangs, qui dans les cavernes et les fissures.
Lors il en était parmi ceux de la terre dont l'intérêt était tout entier tourné vers le sol et ses richesses. Dwarrows, gnomes et korr étaient de ceux-là. Les premiers avaient la passion des métaux et des pierres précieuses, les seconds celle du savoir caché dans les entrailles de l'orbe, les troisièmes celle des plantes et des animaux. Ils tiraient du sol des merveilles et invitaient les autres familles de nos peuples à les admirer. Las, les alfir, toujours malicieux et facétieux, ne trouvaient rien de plus amusant que de tourmenter leurs cousins les plus industrieux. À la longue, ce qui n'était que des farces sans conséquences tournèrent à l'acharnement, tant les dwarrows, les gnomes ou les korrs étaient dépourvus d'humour.
Lors ils enrageaient de voir leurs travaux gâtés par les tours et les attrapes de leurs cousins tandis que ces derniers se délectaient en fin de compte plus de la colère de leurs victimes que des vilains tours qu'ils leurs jouaient. Tant et si bien que ceux des alfir qui se faisaient prendre finirent par être rossés, ce qui n'avait pour seul effet que de pousser les victimes de ces traitements à revenir pour jouer un tour pendable à ceux qui les avaient pris auparavant. L'agacement mutuel tourna à la discorde et la discorde à l'animosité, jusqu'à ce qu'une nuit une farce prenne un tour tragique. Un alfir du nom de Ramille jugea amusant de piéger un grand creuset destiné à la fonte de l'or ; lequel se renversa au moment le plus inopportun en déversant son contenu sur Métor, un orfèvre dwarrow de grand renom. Le malheureux en périt dans de grandes souffrances. Fous de chagrin, les proches de Métor saisirent Ramille et le lièrent dans une chaîne de fer jusqu'à ce qu'il périsse à son tour.
Lors la paix fut rompue. Le petit peuple s'assembla pour décider du tort de chacun et les alfir, toujours habiles de leur langue, firent aisément porter tout le faix de la faute sur les dwarrows. Ceux-ci furent chassés à l'est de notre domaine, dans une terre alors inhospitalière que nous appelions « Uskanurn », ce qu'on traduit dans votre langue par « Pousse-rocaille ». Industrieux et obstinés, les dwarrows ne tardèrent pas à se creuser une nouvelle demeure dans la pierre. Remplis d'amertume, ils redoublaient d'efforts autant pour leur propre compte que pour en remontrer aux autres, tant et si bien qu'ils percèrent les premières profondeurs du monde et y découvrir de nouvelles richesses. La rumeur en parvint aux oreilles des gnomes, et ceux-ci partirent presque tous s'installer parmi les dwarrows. Ils les aidèrent à creuser plus profondément , en quête de nouveaux secrets. Ainsi furent atteintes les secondes profondeurs. Les gnomes y bâtirent leurs terriers et y demeurèrent, auscultant les os du monde afin d'en percer les mystères.
Lors les korrs étaient restés seuls et se languissaient de leurs anciens amis, avec qui ils avaient mené tant de tâches à la gloire de la déesse. Petit à petit ils partirent rejoindre les dwarrows et les gnomes. Ils occupèrent la surface de l'Uskanurn près de la demeure des dwarrows et des gnomes et, sélénée après sélénée, s'employèrent avec l'aide de leurs amis à en faire un paradis de verdure. Alors seulement les trois familles nommèrent la cité-puits ainsi édifiée Matreïn, ce qui signifie « Joyau » dans votre langue.
Ainsi passèrent les sélénées ; dwarrows et alfir en restèrent à une défiance mutuelle teintée de mépris entre alfir et dwarrows mais jamais un parti n'eut l'idée de retourner ses armes de chasse contre l'autre. Les autres familles tentèrent de réconcilier chacun des deux partis, mais les alfir étaient trop émus par le sort de Ramille et les dwarrows bien trop mécontents de la façon dont ils avaient été exilés pour que quiconque parvint à leur faire entendre raison. Petit à petit les ambassades de conciliation se firent plus rare puis cessèrent tout à fait et tous prirent l'habitude de vivre dans un monde ou deux branches de leur famille se défiaient l'une de l'autre.
Lors, après ces troubles vint une période de grande prospérité. Nous, les iskanamari occupâmes des grandes parties de territoire tandis que les dwarrows, les gnomes et les korrs se firent appeler les Matrins, du nom de leur première cité, et construisirent de nombreuses autres cités-puits, occupant ainsi la majeure partie de l'Uskanurn, qu'ils renommèrent « Kénomo », le cercle d'Orient. Ils construisirent aussi plusieurs cités isolées en Alluvie, dans la langue de Gorsarin, dans les hauts d'Ocre, en Thanésie et dans les landes du levant. Nous prîmes l'habitude de commercer avec eux car ils étaient friands de notre art, de nos poteries et de nos textes, et nous appréciions leurs outils, leurs armes de chasse et leurs travaux ésotériques ou horticoles.
Lors, certains des habitants des profondeurs, gobelins, kobolds et gnolls, remontaient parfois à la surface. Nous n'avons jamais trouvé ces êtres agréables, tant pour l'œil que pour le nez ou l'ouïe, mais nous n'avions alors à leur égard aucun ressentiment et nous étions prêts à commercer avec eux pour les secrets qu'ils remontaient des profondeurs et eux pour tout ce que nous avions à leur donner de la surface.
Lors, le petit peuple crut et se dispersa dans les terres ocres pour se trouver des foyers partout où le souffle de la déesse pouvait être perçu. Ils se choisirent des rois parmi les alfir, ceux qui parmi eux étaient les plus habiles de le leur langue, car ils respectaient la faconde et l'éloquence plus que l'adresse à la chasse, la sagesse ou l'habileté aux travaux manuels. Ils vivent depuis dans des cercles, ceux même que vous cousins de Lastrée détruisent avec tant d'acharnement, que leur nom soit à jamais maudit !
C'était un temps de paix où chacun avait la place de vivre comme il l'entendait. L'alfir, le dwarrow, le gobelin et l'iskanamar commerçaient dans la paix sinon dans la fraternité. À l'époque, nous vivions sans porter les armes. Ce temps est révolu mais nous ne l'avons pas oublié et nous de désespérons pas de faire renaître cet âge.
Le terme de cet âge d'or, comme nous l'appelons, est une période que nous connaissons mal. Rappelons qu'il dura plus de mille sélénées, soit plus de trois milliers de révolutions. Nos informations laissaient à penser que son terme se produisit de façon abrupte. Or nous avons eu la chance de rencontrer une Menaraïen iskavanir qui menait une ambassade en Hiérace depuis le royaume du Névé. À notre grand plaisir, elle se révéla être un puits de savoir et ne demandait qu'à nous instruire. Nous rapportons donc ici les propos d'Orisha Na-Nevaï tels que nous les avons consignés sur le parchemin lors de notre discussion. Ce récit ne suit pas la forme traditionnelle du récit historique des iskanamari, Orisha refusant de conter la chose de façon formelle sans être accompagnée de son instrument, ce qui aurait nuit à ma concentration. Vos seigneuries connaissent mon faible pour la musique. Fort heureusement, je pus la convaincre de me révéler son savoir sans grande difficulté, son ordre étant sensible au partage et à la transmission du savoir.
On notera dans ce récit des concordances de temps étrange, comme si certaines coutumes de l'époque perduraient encore de nos jours. Méfiance aussi lorsque le récit parle de brefs laps de temps. Nous avons appris à l'usage que, pour eux, un cycle sélène, soit vingt-quatre jours, est une période fort brève.
Toujours, les iskasha ont été attirés par les secrets des arts mantiques comme une pie par un éclat de verre brillant au soleil. Même après le désastre qui entraîna leur chute, connaître les secrets du temps est pour eux comme une obsession. Il est difficile pour nous de contempler leur destin sans nous demander quelle faiblesse comparable à celle-ci se cache dans nos cœurs, prête à nous mener au même sort. Dans la prime jeunesse des terres ocres, les femelles de ce peuple considéraient la mancie sous toute ses formes comme leur domaine particulier et se vantaient de pouvoir discerner les événements les plus lointains par le prisme de leur volonté. Au fil du temps, les mâles de ce peuple finirent par être déconsidérés et, parmi les femelles, ne furent bien vues que celles qui avaient ce don. Alors que la déesse aime tous ses enfants d'égale façon, les iskasha fondèrent ce que vous appelleriez une gynocratie. Cela aurait pu en rester là, mais les événements prirent une tournure dramatique. J'ai peine à le dire, mais ce fut une Menaraïen comme moi qui en fut l'origine, sans même le vouloir.
Nous autres du Nivaï suivons les enseignements de Gorsarin et nous astreignons à une discipline de l'esprit stricte afin de contrôler nos émotions les plus néfastes. Nous aimons la paix et l'harmonie autant que nos cimes enneigées et nos cités de glace et nous avions de la peine pour nos petits-cousins alfir et dwarrows dont la querelle s'éternisait. Bien entendu, avec le temps la rancœur s'était émoussée et malgré le chagrin des amis de Ramille et Métor, aucune violence n'avait opposé ces deux factions. Néanmoins, nous souhaitions ramener la paix et l'entente parmi notre famille.
Les dwarrows avaient pris l'habitude d'élire un roi afin que celui-ci édicte des lois, rende la justice et partage les richesses entre ses sujets. C'est pendant le règne de leur seizième roi, Kelron le Taillandier, que le destin amena une Menaraïen nommée Vanimoïa, Frimas dans votre langue, au pied de son trône. Elle venait en ambassade auprès de son altesse afin de lui transmettre les vœux de nos souverains, que mille fleurs des cimes éclosent en leur honneur ! Une fois le rite de félicitations accompli, le roi Kelron invita Vanimoïa à sa table et ils discutèrent tout deux en bonne intelligence tandis qu'ils dégustaient un repas comme seuls les korrs savent en accomoder. Les méandres du dialogue les amenèrent à parler de la querelle qui opposait son peuple à celui des aflir et ma consœur demanda alors au roi Kelron s'il serait celui qui y mettrait un terme. Le roi, qui avait déjà longuement pesé cette question, lui répondit qu'il ne voyait pas de façon de régler la dispute après que tant de temps fut écoulé mais que, si la déesse venait à s'éveiller, alors il l'interrogerait à ce sujet et s'inclinerait devant sa décision, lui demanderait-elle de s'ôter le cœur de la poitrine. « Mais » ajouta-t-il, « long est son sommeil, car elle est épuisée par son long travail. »
Vanimoïa s'en fut, méditant les paroles du roi Kelron. Elle sut en son cœur qu'il avait parlé sagement et que seule la déesse pouvait désormais ramener la concorde entre ses enfants. Mue par le désir de ramener le paix dans sa famille, elle s'en fut trouver les Iskasha, dont on vantait les dons de voyance, afin qu'ils devinent quand aurait lieu l'éveil de la déesse. Sa requête était si extravagante qu'on la présenta à Iskashama, la reine et mère de ce peuple. Cette dernière fut flattée dans son orgueil qu'une iskavanir, dont on vantait depuis bien des sélénées l'intelligence et l'érudition, s'adressât à elle pour obtenir réponse à une question. Elle prit sur elle d'y parvenir et, après avoir reçu Vanimoïa comme l'exigent les règles de l'hospitalité, elle la renvoya chez elle en lui promettant des nouvelles dès qu'elle serait parvenue à un résultat.
Iskashama commença par épuiser toutes les méthodes de sa connaissance. Puis elle convoqua les voyantes les plus réputées de son peuple et les interrogea, en vain. Alors elle fit savoir qu'une grande gloire échoirait à quiconque lui permettrait de pénétrer ce mystère.
Les visiteuses se succédaient dans la demeure royale, sans effet, jusqu'au jour où un mâle de son peuple, qui se présenta sous le nom de Tério, proposa qu'on interroge un être de l'outre-monde. La reine fut surprise qu'un mâle de son peuple fut savant dans les disciplines occultes mais n'en montra rien. Elle l'accueillit comme l'hospitalité le dictait puis lui demanda de lui montrer ce qu'il savait faire. Enfin elle le confia à la compagnie de son époux tandis qu'elle s'exerçait. Elle parvînt rapidement à contacter des êtres de l'outre-monde mais aucun de connaissait la réponse à sa question. Elle alla donc trouver son époux et son hôte et fit part à ce dernier de ses difficultés. Il lui proposa de lui céder un miroir contre une mèche de ses cheveux comme gage de ses services envers elle. Ce miroir, disait-il, était de facture gnome et permettait de faciliter le contact avec l'outre-monde. La reine accepta et en moins d'un cycle le miroir fut en sa possession. Par le plus grand des hasards, Nohimé, une de ses dames de compagnie, assista en partie à la suite des événements et nous conta se qui se produisit.
Une fois en possession du miroir, elle entra rapidement en contact avec un être capable de répondre à ses questions et donna congé à son hôte, non sans lui offrir de nombreux présents. L'être était sage et savant, il s'adressait à la reine par le truchement du miroir sans qu'on pu y discerner une vision quelconque, bien qu'Iskashama semblât fort absorbée par ce dernier. Du peu que nous savons, chaque réponse que l'être apportait soulevait une foule de question.
Iskashama perdit le sens du temps et se consacra au miroir. L'être lui révélait petit à petit de nouveaux secrets qu'elle était avide de maîtriser. Petit à petit, elle accrut son savoir en sciences occultes à un point rarement atteint depuis. Elle produisait des merveilles, perçait les secrets les mieux défendus ou développait son contrôle sur la matière, et de tout ceci elle tirait un orgueil démesuré. Quelques cycles suffirent pour faire d'elle une créature arrogante et colérique, s'emportant au-delà du raisonnable au moindre signe de désapprobation de son entourage. Bientôt elle chassa de sa demeure tout les mâles et celles des femelles qui ne possédaient aucun don et instruisit les autres dans les arts nouveaux qu'elle avait appris. Il s'écoula ainsi une sélénée, pendant laquelle elle fit chercher celles qui parmi son peuple avaient le don afin de leur enseigner son savoir. Elle en vint à couper son peuple en deux : une minorité de femelles formant une sorte d'élite maniant les secrets occultes et le reste, déconsidéré, qui n'avait aux yeux des autres de valeur que tant qu'il leur permettaient de perfectionner leur art en leur fournissant tout ce dont elles avaient besoin.
C'est alors que Vanimoïa vint aux nouvelles. Cette visite irrita grandement Iskashama, qui avait bien vite oublié sa promesse en s'abimant dans l'usage de son miroir. Elle la reçut néanmoins, prétextant des difficultés à déterminer l'avenir d'une puissance pour justifier son échec, et offrit un banquet en l'honneur de son invitée. Pendant les festivités, le vin et le nectar libérant les consciences, la reine voulut faire étalage de ses pouvoirs et commis l'erreur d'imposer sa volonté à son époux afin de lui faire accomplir une danse des plus humiliantes, l'employant comme un baladin le feraient d'un mannequin. Vanimoïa fut outrée mais, fine anguille, se garda de donner voix immédiatement à ses reproches. Dans la salle, les rires fusaient de la bouche de la plupart des convives, mais certains étaient forcés.
Vint la fin du festin. Comme c'est l'habitude de notre caste, Vanimoïa se présenta à l'assistance et entonna plusieurs chants traditionnels. Elle conclut son récital par un chant qu'elle improvisa, exhortant au respect de la dignité de ses pairs qui déplut fort à la reine et à une grande partie des convives. En vérité, leur déplaisir était tel qu'une dispute éclata et que plusieurs d'entre eux tentèrent d'imposer leur volonté à ma consœur pour la remettre à sa place, mais ils découvrirent que son esprit était aussi glissant que le glace et impénétrable que l'oris qui git au cœur des montagnes. Assaillie de toute part, la peur lui vint de subir le sort de Ramille et elle entonna un chant qui fit glisser une poignée de ses opposants dans les limbes du sommeil. Alors la reine exerça ses talents sur elle, et l'esprit de ma consœur commença à fondre comme neige au soleil. Paniquée, elle concentra sa volonté et laissa aller un cri perçant qui déchira l'air et percuta les couverts de la reine, lesquels éclatèrent ou jaillirent en tout sens, lacérant sa gorge, sa poitrine et ses bras. Vanimoïa profita de la stupeur générale pour entonner un chant grâce auquel elle se dissimula et prit la fuite, n'emportant que sa flute et ses vêtements.
La fureur de la reine fut effroyable, elle ordonna qu'on pourchasse la fugitive mais nul ne put s'en saisir ; ce qui ne fit qu'accroître son déplaisir. Elle désigna certains des chasseurs revenus bredouilles et leur infligea de nombreux tourments de son invention avant d'écraser leur esprit. Voyant cela, certains iskasha s'éloignèrent de la demeure royale tandis que d'autres, effrayés, s'en furent dans les bois et les ravins afin de s'y dissimuler. Nombre de voyantes furent abasourdies de ne pas avoir prévu ces événements et devinrent anxieuses de connaître la suite des événements. Tous les oracles étaient néfastes, et le peuple entier vécu désormais dans l'angoisse. Peu à peu, des iskasha quittèrent les Amashagaïl, engendrant ce qui ressemblait de plus en plus à un exode, à la grande colère de la reine.
Vanimoïa fit le récit de sa mésaventure à tous ceux qu'elle croisait sur son chemin de retour. Elle finit par atteindre Ordon, une cité-puits matrine, et fut escortée par des chasseurs korr et dwarrows jusqu'au Nivaï et la nouvelle se répandit partout dans les terres ocres, semant la confusion. Il était difficile de croire des nouvelles aussi consternantes et il fallut les nouvelles amenées par les exilés iskasha pour que tous se rendent à l'évidence. Un assemblée fut décidée qui devait se tenir au prochain solstice, mais ce fut trop tard.
En effet, Iskashama était meurtrie dans sa chair, les blessures infligées par Vanimoïa gâtant sa beauté de cruelle manière, mais le pire pour elle était d'assister à la fuite des siens. Ayant épuisé tout les recours dont elle avait connaissance pour restaurer sa beauté et son autorité, elle interrogea le miroir, qui lui affirma que son ancien maître avait les réponses à ses questions. Elle fit alors chercher Tério mais nul ne le trouva. Les fidèles de la reine fouillaient toujours les Amashagaïl lorsqu'il se présenta de son propre gré. La reine le questionna et il affirma qu'il connaissait en effet le moyen de résoudre ses problèmes, mais il demanda que la reine satisfasse à deux de ses souhaits comme prix de son aide. Elle accepta, pressée par le besoin et sûre de pouvoir satisfaire à toute demande. Tério lui promis d'être de retour le lendemain et il tint parole. Pour restaurer sa beauté, il lui offrit un onguent qu'il affirma tenir du petit peuple. Pour restaurer son autorité, il lui offrit une couronne d'argent qu'il affirma tenir d'un orfèvre dwarrow. La reine s'enduisit du premier et ceignit la seconde sur son front. Ses cicatrices disparurent et la puissance de sa volonté se développa au-delà de ses ambitions les plus démesurées, jugulant subtilement les craintes de ceux de son peuple qui n'étaient pas encore partis. Tério affirma qu'il reviendrait dans un cycle sélène pour présenter ses souhaits.
Pendant ce laps de temps la reine abusa de ses nouveaux pouvoirs, s'amusant à commander ses sujets comme autant de pions, non en leur imposant sa volonté mais en la suggérant de façon insidieuse. Elle prit de plus en en plus de plaisir à manipuler ainsi son entourage et finit par ne plus quitter sa couronne qu'avec répugnance. La moindre opposition à sa volonté était balayée comme une brindille par un vent fort, et tous offraient à la reine des sourires creux et admiratifs.
C'est à ce moment que Nohimé décida de s'enfuir. Elle en avait fait le projet dès l'incident du banquet mais elle aimait sincèrement sa reine et espérait la ramener à la raison par un moyen ou par un autre. Elle voyait bien désormais qu'elle ne pouvait plus être raisonnée et que le jour viendrait ou elle aussi serait soumise à la volonté de sa reine sans aucun espoir de salut. Elle avait échappée jusqu'à présent à ce sort car elle faisait partie de ses premières élèves et jouissait du peu de confiance qu'elle était capable d'accorder à autrui. Elle profita de ce que sa reine exerçait ses talents sur son malheureux époux pour quitter sa demeure en prétextant une course et n'y revint que bien des sélénées plus tard, dans des circonstances qu'il n'est pas lieu de relater ici. Tirant parti des enseignements de sa reine, elle prit la fuite en direction de la langue de Gorsarin. Là, elle fut reconnue par des réfugiés comme étant une proche de la reine, saisie par les matrins qui l'enchainèrent et la menèrent sans lui faire plus de mal jusqu'aux pieds du trône des souverains du Nivaï. Ainsi nous apprîmes son histoire et notre inquiétude redoubla. Nous nous en ouvrîmes à nos voisins matrins et tinrent conseil avec eux. À l'issue de ce conseil, nos souverains partirent en quête de Gorsarin afin de s'entretenir avec lui de ces graves événements. Mais là encore, il était bien tard.
Survint la nuit terrible. Ce que nous en savons, nous l'avons appris de prisonniers qui nous avons interroger avant de mettre un terme à leurs tourments. Voici ce que nous rapportèrent ces interrogatoires.
Tério revînt bel et bien au terme d'un cycle sélène, et il était fort joyeux. Il nargua la reine au vu et au su de tous ceux qui étaient présents, la jugeant arrogante, avide et idiote. Cela provoqua sa colère et elle résolut de l'humilier en le faisant ramper à ses pieds. À sa grande stupeur, il rit de sa tentative, qu'il qualifia de pathétique, et affirma qu'il allait lui dévoiler ce qu'est la vraie puissance de l'esprit. Il exigea de la reine qu'elle forçât son époux à mettre un terme à ses jours en se tranchant la gorge, affirmant que c'était là son premier souhait. Alors les yeux de la reine se révulsèrent, et tout en tremblant comme une feuille et en marmonnant faiblement des parole de dénégation, elle fit ce qui lui était ordonné. Elle imposa sa volonté à son époux, qui vint s'agenouiller devant elle pour se trancher la gorge avec un couteau de table.
Tério rit à gorge déployée devant ce spectacle, affirmant qu'il ne regrettait en rien d'avoir abandonné sa couronne à la reine, la narguant en la mettant au défi de la retirer. Nous ne pouvons que le supputer, mais il y a fort à parier que cet objet était ensorcelé de façon à anéantir ce qui restait de sa raison. Tério la provoqua et l'humilia encore, puis lui ordonna de s'offrir à lui. Une fois encore, elle obéit à l'injonction et il la prit, toute sanglotante, par-dessus le cadavre encore chaud de son époux. Alors seulement, il révéla sa vraie nature. Sa peau craqua pendant l'acte, laissant paraître un être répugnant, semblable à une étoile de mer à la peau cireuse qui enserra la reine dans ses multiples bras pour s'unir à elle. Nul dans la demeure de la reine n'avait alors la volonté de fuir mais nombreux furent ceux qui, à cet instant, retrouvèrent leur liberté d'action et prirent leur jambes à leur cou. Plus tard, lorsque la reine reparut, elle ordonna la mise à mort de tous les mâles de son peuple. Ceux qui étaient restés n'ayant plus de libre-arbitre, les femelles obéirent et massacrèrent la totalité des mâles restés dans les Amashagaïl, qui se laissèrent faire docilement, et prirent en chasse ceux qui avaient fui.
Ainsi prit fin l'innocence. Ainsi s'éveilla la déesse, hurlant son chagrin, pleurant son fils et sa fille perdus. Tous, nous entendîmes son cri de désespoir et nous pleurèrent avec elle. Ainsi nous dûmes prendre le chemin de la guerre, car un mal atroce avait prit pied dans les terres ocres qui, tel le vert dans le fruit, menaçait de ronger jusqu'aux racines des montagnes. Ainsi s'acheva Prime dans le malheur et l'angoisse de l'aube nouvelle.
Au moment même ou le roi des iskasha se tranchait la gorge, la Déesse s'éveilla de son long sommeil, hurlant de douleur, ses pleurs faisant comme une averse par un jour de tempête. Ses cris de détresse furent audibles de tous et certains surent alors où la déesse se reposait. Là où ses larmes tombèrent, la terre se fendit et laissa jaillir une source. De toutes les régions d'Ocre ses enfants accoururent : rois et reines des iskas, survivants du peuple iskasha, anciens parmi le petit-peuple, patriarches et matriarches de toutes les espèces animales, dragons et autres créatures fabuleuses, les uns portant les autres sur leur dos. D'un commun accord, ils arrivèrent ensemble et, sans mot dire, partagèrent le deuil de leur mère à tous. Ils se recueillirent un cycle durant, ne prenant aucune nourriture et se contentant de l'eau qui jaillissait là où les larmes de la déesse étaient tombées. Enfin, au terme du deuil, il se restaurèrent en évoquant la mémoire des défunts.
Puis, après avoir enfin fait leurs retrouvailles, ils tinrent conseil et prirent des décisions importantes.
Auteur : Julien Buseyne.
Mécène : Ebene Zolli
Traductrices : Marion Leprêtre, Sophie Buseyne.
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